L’amortissement du fonds de commerce : règles comptables
26 juin 2026

À retenir — En principe, le fonds de commerce n’est pas amortissable (durée d’utilisation non limitée). Mais il peut faire l’objet d’une dépréciation, et des exceptions existent pour les petites entreprises et via une mesure fiscale temporaire.
« Peut-on amortir un fonds de commerce ? » La réponse est plus nuancée qu’il n’y paraît. Par principe non, mais d’importantes exceptions comptables et fiscales existent et peuvent changer la donne pour une entreprise.
Ce guide fait le point sur le traitement comptable du fonds, la dépréciation, l’exception des petites entreprises et la mesure fiscale temporaire, pour comprendre quand et comment un fonds peut être amorti.
Le principe : un actif non amortissable
Comptablement, l’amortissement traduit la consommation d’un actif sur sa durée d’utilisation. Or, le fonds de commerce a, par nature, une durée d’utilisation présumée illimitée : la clientèle n’a pas vocation à disparaître mécaniquement avec le temps. Le fonds (ses éléments incorporels comme la clientèle ou le droit au bail) n’est donc, en principe, pas amorti.
La dépréciation : la règle de droit commun
À défaut d’amortissement, le fonds doit faire l’objet, si nécessaire, d’une dépréciation. Lorsque sa valeur réelle devient durablement inférieure à sa valeur comptable (perte de clientèle, dégradation de l’environnement commercial, baisse durable du chiffre d’affaires), l’entreprise constate une dépréciation, qui réduit la valeur du fonds au bilan. Contrairement à l’amortissement, la dépréciation peut être reprise si la valeur se rétablit.
L’exception des petites entreprises
Le règlement comptable prévoit une simplification pour les petites entreprises (au sens des seuils comptables) : lorsqu’elles ne peuvent pas déterminer de façon fiable la durée d’utilisation de leur fonds, elles peuvent l’amortir sur 10 ans. Cette faculté allège le suivi comptable et peut avoir un effet sur le résultat.
La mesure fiscale temporaire
Par principe, l’amortissement comptable du fonds n’est pas déductible fiscalement. Toutefois, une mesure fiscale temporaire a permis, pour des fonds acquis sur une période déterminée, de déduire fiscalement l’amortissement constaté. L’éligibilité dépend de la date d’acquisition du fonds : il est indispensable de la vérifier précisément, car le dispositif est borné dans le temps.
Quels éléments peuvent malgré tout être amortis ?
Au sein des actifs acquis avec le fonds, certains éléments ont, eux, une durée de vie limitée et sont amortissables normalement : le matériel, l’outillage, les agencements, ainsi que certains droits à durée déterminée (un brevet, par exemple). Il convient donc de bien ventiler le prix d’acquisition entre les éléments amortissables et la part non amortissable (clientèle, droit au bail).
Impact fiscal et intérêt de l’amortissement
Lorsque l’amortissement du fonds est fiscalement déductible (cas des petites entreprises éligibles ou de la mesure temporaire), il diminue le résultat imposable et donc l’impôt : l’intérêt est réel, surtout après une acquisition importante. D’où l’importance de vérifier l’éligibilité dès l’achat du fonds.
Exemple
Une petite entreprise acquiert un fonds 120 000 €, dont 20 000 € de matériel (amortissable sur 5 ans) et 100 000 € d’éléments incorporels. Si elle est éligible à l’amortissement du fonds sur 10 ans, elle pourra constater 10 000 €/an au titre de la part incorporelle, en plus de l’amortissement du matériel : un effet non négligeable sur son résultat et son impôt, à valider avec un expert-comptable.
Faire valider le traitement par un professionnel
Les règles d’amortissement et de dépréciation du fonds sont techniques et évolutives, et leur application dépend de la taille de l’entreprise et de la date d’acquisition. Un expert-comptable sécurise le traitement comptable et l’optimisation fiscale : une étape à ne pas négliger.
Le suivi du fonds au bilan
Le fonds acquis reste inscrit à l’actif pour sa valeur d’origine, sauf amortissement (dans les cas autorisés) ou dépréciation. Chaque clôture, l’entreprise doit s’interroger sur sa valeur réelle : tant qu’elle est au moins égale à la valeur comptable, aucune écriture n’est nécessaire ; si elle est durablement inférieure, une dépréciation s’impose. Ce suivi rigoureux garantit une image fidèle du patrimoine de l’entreprise.
Comment apprécier une dépréciation
Apprécier la valeur d’un fonds revient à réaliser une mini-évaluation : on compare la valeur comptable à une valeur d’usage estimée à partir de la rentabilité (EBE) et des perspectives. Une baisse durable du chiffre d’affaires, la perte d’un client majeur, l’arrivée d’un concurrent ou la dégradation du bail sont autant d’indices de perte de valeur justifiant un test. Si la valeur recouvrable est inférieure, la dépréciation est constatée à hauteur de l’écart.
Conséquences en cas de revente
L’amortissement et la dépréciation influencent la plus-value de cession future : ils réduisent la valeur nette comptable du fonds, donc augmentent mécaniquement la plus-value imposable lors de la revente (la plus-value se calcule par rapport à la valeur nette comptable). Ce point doit être anticipé dans la stratégie globale : l’économie d’impôt obtenue via l’amortissement peut être partiellement « reprise » à la cession. Un expert-comptable aide à arbitrer.
Amortissement comptable et amortissement dérogatoire
Il faut distinguer deux notions. L’amortissement comptable traduit la consommation de l’actif dans les comptes ; l’amortissement dérogatoire, lui, est un mécanisme purement fiscal permettant de déduire davantage que l’amortissement comptable lorsque la loi l’autorise. Dans le cas du fonds de commerce, l’articulation entre traitement comptable (non-amortissement de principe, ou amortissement sur 10 ans pour les petites entreprises) et déductibilité fiscale (mesure temporaire) doit être maîtrisée pour optimiser sans erreur. C’est un domaine où l’accompagnement d’un professionnel du chiffre est précieux.
Petites entreprises : de quels seuils parle-t-on ?
L’exception permettant d’amortir le fonds sur 10 ans vise les petites entreprises au sens comptable, c’est-à-dire celles qui ne dépassent pas certains seuils (total de bilan, chiffre d’affaires et nombre de salariés). Ces seuils sont réévalués périodiquement : il convient de vérifier l’éligibilité de l’entreprise à la clôture concernée. Au-delà de ces seuils, le principe de non-amortissement s’applique, sauf à démontrer une durée d’utilisation limitée du fonds.
L’impact diffère selon le régime fiscal
Les conséquences d’un amortissement déductible ne sont pas identiques à l’impôt sur les sociétés (IS) et à l’impôt sur le revenu (IR). À l’IS, l’amortissement réduit le résultat taxé au taux de l’IS ; à l’IR, il diminue le bénéfice imposable au barème progressif du foyer. L’intérêt et le gain réel dépendent donc du régime et du taux marginal. Là encore, une simulation par un expert-comptable permet de mesurer l’économie nette et d’arbitrer.
Anticiper le traitement du fonds dès l’acquisition
La meilleure façon d’optimiser le traitement comptable et fiscal d’un fonds est d’y réfléchir au moment de l’achat, pas après. Dès l’acquisition, il faut ventiler le prix entre les éléments amortissables (matériel, outillage, agencements, droits à durée déterminée) et la part non amortissable (clientèle, droit au bail), car cette répartition conditionne les charges déductibles des années suivantes. Il faut aussi vérifier l’éligibilité de l’entreprise à l’amortissement du fonds (statut de petite entreprise, date d’acquisition au regard de la mesure fiscale temporaire) et mesurer l’impact sur la plus-value future en cas de revente. Cette anticipation permet d’arbitrer en connaissance de cause : privilégier l’économie d’impôt immédiate, ou préserver la valeur nette comptable en vue d’une cession. Compte tenu de la technicité du sujet et de l’évolution régulière des règles, l’appui d’un professionnel du chiffre est ici déterminant : une décision prise à l’aveugle peut coûter cher, tandis qu’un traitement bien calibré améliore durablement la rentabilité nette de l’entreprise. Mieux vaut donc intégrer cette question à la réflexion globale dès le projet d’acquisition.
En résumé
Par principe non amortissable, le fonds de commerce peut néanmoins l’être dans des cas précis : petites entreprises et mesure fiscale temporaire. À défaut, c’est la dépréciation qui s’applique. Bien ventiler le prix d’acquisition entre éléments amortissables et non amortissables, et vérifier son éligibilité aux dispositifs, permet d’optimiser le traitement : un sujet à traiter avec son expert-comptable dès l’acquisition.
Questions fréquentes
Amortir le fonds réduit-il l’impôt ?
Lorsque l’amortissement est fiscalement déductible (petite entreprise éligible ou mesure temporaire), oui : il diminue le résultat imposable.
Quelle différence entre amortissement et dépréciation ?
L’amortissement est une répartition systématique sur une durée ; la dépréciation constate une perte de valeur ponctuelle et peut être reprise.
Le matériel acheté avec le fonds est-il amortissable ?
Oui : le matériel, l’outillage et les agencements ont une durée de vie limitée et s’amortissent normalement.
La mesure d’amortissement fiscal est-elle permanente ?
Non, elle est bornée dans le temps et dépend de la date d’acquisition du fonds : à vérifier au cas par cas.
Faut-il un expert-comptable ?
Vivement recommandé : les règles sont techniques et leur mauvaise application peut être coûteuse.
Tous les fonds peuvent-ils être amortis depuis la mesure fiscale ?
Non : la déductibilité fiscale de l’amortissement dépend de la date d’acquisition du fonds, le dispositif étant borné dans le temps. Il faut vérifier l’éligibilité au cas par cas.
Une dépréciation est-elle définitive ?
Non : contrairement à l’amortissement, une dépréciation peut être reprise (annulée) si la valeur du fonds se rétablit durablement.
Faut-il amortir si on compte revendre le fonds ?
Attention : l’amortissement réduit la valeur nette comptable et augmente donc la plus-value imposable à la revente. L’arbitrage doit être global.
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